SUPERDEMOCRATIE - Le Sénat des Choses


Avec l’exposition SUPERDEMOCRATIE, trois institutions culturelles nouent un dialogue, en octobre prochain, avec le Sénat belge. BOZAR à Bruxelles, le BPS22 à Charleroi et le M HKA à Anvers ajoutent une dimension culturelle aux questionnements actuels du Sénat.

1.10.2017 - 31.10.2017

SUPERDEMOCATIE / SUPERDEMOKRATIE / SUPERDEMOCRACY

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La voix des citoyens retentit de plus en plus fort dans les parlements du monde entier, alors que la diversité de ceux et de ce que représentent ces institutions – personnes et choses – ne cesse de croître. 

Les médias sociaux instaurent désormais une interaction plus régulière entre le citoyen et ses représentants, tandis que de nombreuses initiatives les rassemblent par le biais de groupes d'intérêts ou d'actions en tout genre dont l’objectif est d’élargir la base décisionnelle. L’interaction et le dialogue (re)viennent doucement au centre du processus de décision. La démocratie représentative se transforme petit à petit en une « démocratie délibérative ».

Par ailleurs, ce que représente le parlement est également en profonde mutation. Il n’est plus seulement le représentant d’un « peuple » de plus en plus diversifié, mais aussi de nombreuses composantes « non-humaines » du monde qui réclament également son attention. Les droits des animaux, la conservation du patrimoine, les développements technologiques, l’exploitation des énergies, la protection de l’environnement sont d’une actualité brûlante. Il est de plus en plus évident que, pour survivre, l’homme ne peut plus considérer les animaux et les « choses » comme étant  juste « sa possession » ou « à son service », mais doit les voir comme faisant partie intégrante du monde, disant quelque chose d’essentiel de ce monde et agissant dans le monde. Voilà pourquoi nous parlons ici, en paraphrasant le sociologue Bruno Latour, du « Sénat des Choses ».

C’est à partir du constat du fonctionnement de plus en plus mouvant et complexe du processus politique que cette exposition lance le concept de SUPERDEMOCRATIE. Tout comme l’origine ne suffit plus à expliquer la diversité croissante de notre société, il n’est plus question de réduire la démocratie contemporaine à l’isoloir et l’hémicycle.

L’exposition SUPERDEMOCRATIE met en exergue la « con-certation ». Elle ne le fait pas par hasard au Sénat de Belgique : en tant qu’assemblée des entités fédérées, le Sénat est le lieu de réflexion et de dialogue entre les communautés sur des « matières transversales ». C’est précisément sur ces matières que trois institutions culturelles, BPS22 à Charleroi, BOZAR de Bruxelles et le M HKA à Anvers, instaurent le dialogue avec le parlement.

L’exposition propose un focus sur quinze thèmes dans autant de salles du Sénat. A chaque fois, un artiste de la Fédération Wallonie-Bruxelles et un artiste de la Communauté flamande sont réunis avec un troisième artiste, issu d’une autre communauté. Les combinaisons de peintures, sculptures, photos, vidéos, installations, etc. des collections du BPS22 et du M HKA proposent une approche possible des thèmes. Les visiteurs sont invités à découvrir les relations avec les matières dont traite le Sénat et entre les œuvres elles-mêmes, et à participer ainsi au dialogue proposé.

Cette réflexion est poursuivie, tout au long du mois d’octobre, lors de salons de discussion et  de conférences organisés par les trois partenaires sur ces mêmes thèmes.

Bart DE BAERE

Paul DUJARDIN

Pierre-Olivier ROLLIN

CONCORDIA

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Concordia – littéralement “avec cœur” – la concorde, voilà ce que cette exposition veut montrer. La recherche de l’harmonie entre et  au sein des communautés en est la pulsation ; le sens de l’ouverture et  de l’échange, la condition nécessaire. Cette « con-certation » requiert souvent beaucoup de patience et une grande prudence. Comme pour deux partenaires, le chemin vers le « modus vivendi » sociétal est loin d’être une sinécure. Mais lorsqu’on y parvient, l’entente peut être le signal d’un nouveau départ.

En tant qu’assemblée des entités fédérées, le Sénat étudie les questions situées à l’intersection des compétences de l’Etat fédéral et des entités fédérées, au moyen du dialogue et afin de promouvoir la concorde.


Toute une série d’œuvres de Narcisse Tordoir (°1968, vit à Anvers) émane de collaborations. Les toiles peintes exposées ici ont été réalisées dans le cadre de trois workshops organisés à Bamako (Mali). Les étoffes tissées  en constituaient le support et la technique locale de peinture « Bogolan » le médium d’une réflexion et de résultats communs. Des toiles en forme de cape de l’Anversois Walter Van Beirendonck ont aussi servi de support.

Charlotte Beaudry (°1968, vit à Bruxelles) exprime une féminité coincée entre les tumultes de l’adolescence et les doutes de l’âge adulte. Par la représentation de corps anonymes, elle décline les nuances d’une identité à la recherche de son intégrité. Un équilibre vital qui passe par l’accord avec l’autre, comme le montre cette danse de deux corps.   

L’image figée de Marina Abramović (°1946, vit à Amsterdam) et Ulay (°1943, vit à Amsterdam) provient d’une série de performances intitulées Modus Vivendi. Bien que les artistes continuent à utiliser leur corps comme objet d’art,  leurs œuvres communes  tardives accentuent plutôt les dimensions métaphorique et théâtrale. Elles explorent la relation homme-femme,  ainsi que leur relation au paysage et aux rituels d’autres cultures. 

DIVERSITAS I

Loin de venir de nulle part, les civilisations n’atteignent jamais non plus de point d’achèvement. Elles naissent, croissent et se renouvellent grâce à la mixité culturelle. La coexistence de cultures différentes offre en effet des possibilités inédites. Par l’ouverture à ce qui nous est étranger et la compréhension de traditions différentes, il est possible de les intégrer à nos propres processus mentaux et d’innover. Ce processus est toutefois exigeant, lent, et demande une compréhension transgénérationnelle.

Le Sénat, l’assemblée des entités fédérées, rassemble et rapproche les communautés et régions de Belgique.  Il incarne ainsi la légitimité fédérale.


Dans ses recherches sur l'intellectuel singulier, scientifique et politicien sénégalais, Cheikh Anta Diop, Vanessa Van Obberghen (°1969, vit à Anvers) traduit son intérêt pour la génétique et l’ADN dans une figure qui nous confronte avec nos stéréotypes relatifs à l’Afrique. Ici, son mannequin asiatique a une stature généralement considérée comme « typiquement africaine ». 

L’artiste sud-africain Kendell Geers (°1968, vit à Bruxelles) produit des œuvres qui croisent des préjugés glanés autour du monde. Les fétiches africains sont badigeonnés de couleur ; comme si la peinture réactivait leur puissance spirituelle. Ses œuvres imposent de renoncer aux explications traditionnelles de l’art et d’accepter un corps-à-corps émotionnel avec elles.

Ces djellabas de François Curlet (°1967, vit à Bruxelles) traitent des difficultés identitaires que rencontrent certains jeunes issus de l’immigration, balancés entre deux cultures, l’une orientale (parentale) et l’autre occidentale (médiatique). L’artiste résout cette tension identitaire par une synthèse humoristique entre la djellaba traditionnelle et le street wear : un apparent paradoxe social, économique et politique.

ECONOMIE / ECONOMY / WIRTSCHAFT

Les échanges interpersonnels, quelle que soit leur forme, ont sans cesse structuré les civilisations ; les échanges économiques étant souvent prédominants. Pourtant, individus et cultures ont toujours  appréhendé leurs préoccupations matérielles de manière critique et cherché à approfondir leur raison d’être. Les expressions culturelles désintéressées du monde entier et de tout temps en sont les témoins manifestes.

La solution à de nombreux problèmes de société requiert une approche complémentaire. Le Sénat offre ce regard multiple et propose, par exemple, dans un rapport d’information « une approche commune dans la lutte contre la pauvreté infantile ».


Dans son œuvre, Vaast Colson (°1977, vit à Anvers) interroge constamment sa relation avec le public. Dans la vitrine d’une galerie d’art bruxelloise, il a réalisé, avec le montant de ses honoraires, une sculpture composée de pièces d’un euro, tandis qu’une ouverture circulaire découpée dans la vitre permettait aux spectateurs de se servir tranquillement. Grâce à trois « participants » ne se doutant de rien, la durée de vie totale de la sculpture de Colson fut exactement d'une heure et demie. 

Angel Vergara (°1958, vit à Bruxelles) documente ici ses propres performances. A Cologne, il présenta un jour, parallèlement à une foire artistique, un supermarché où seules des pommes, symboles de la passion érotique et spirituelle, étaient en vente. Il évoque ainsi un espace alternatif de relations interpersonnelles, en marge des échanges commerciaux.

Dans ce film d’animation conçu comme un clip vidéo du collectif espagnol PSJM, des armées, appartenant aux grandes multinationales, se livrent une guerre destructrice. Stade ultime de l’impérialisme économique, la 3e guerre mondiale n’est plus une affaire de nations, mais d’entreprises désireuses d’accroître leur domination planétaire.

TEKSTVERZORGING / TOILETTAGE DES TEXTES / TEXT QUALITY / TEXTPFLEGE

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“Dura lex, sed lex”, la loi est dure mais c’est la loi.  Dans une loi, les mots se montrent sous leur jour le plus autoritaire et normatif. Il est donc capital que la confection des lois se fasse avec le plus grand soin et qu’en particulier du temps et de l’attention soient accordés à leur formulation. Il importe aussi de revoir régulièrement la législation existante.  Cette attention au matériau neuf ou existant est typique de tout travail créatif.

Le Sénat veille traditionnellement sur la qualité textuelle de la législation. Par un « toilettage » régulier de l’arsenal législatif, il entend réduire la distance entre le citoyen et l’État de droit.


Obsédé par le flux médiatique, Denmark (°1950, vit à Anvers) accumule, dans ses installations, toutes sortes d’imprimés. Les Quatre Saisons de Moniteur belge est la somme de la production légale belge, en une année, destinée à organiser au mieux notre société. Réflexion sur la fonction du Droit, l’œuvre est aussi une méditation sur la vanité humaine.

Poète et artiste bruxellois, Marcel Broodthaers (°1924- †1976) juxtapose, à différentes races de bovins, le nom de constructeurs automobiles. Il confronte des mots et des images sous la forme d’un jeu, démystifiant ainsi la puissance autoritaire et normative du langage.

Sheela Gowda (°1957, vit à Bangalore) retravaille quatre couvre-lits en patchwork formés à partir des rebuts provenant d’usines de textile que des femmes pauvres ont, un jour, récupérés et cousus ensemble de façon rudimentaire. Trente ans plus tard, ces surfaces colorées deviennent le support des manipulations critiques subtiles de Gowda et se parent, par l’adjonction d’autres morceaux de textile imprimé, de significations socio-politiques. 

MOBILITEIT / MOBILITE / MOBILITY / MOBILITÄT

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Le terme « mobilité » évoque, sur le plan technocratique, des travaux routiers, des poids-lourds, des trains et des aéroports. Mais la mobilité est aussi un phénomène existentiel, humain et social. Car à côté du ballet mécanisé de notre société, il y a, de manière de plus en plus prégnante, notre propre sentiment éphémère et nomade d’exister, ainsi que les blocages et les déplacements forcés et frustrants d’un monde en fuite.

Dans un rapport d’information, le Sénat a formulé des recommandations pour des transports publics mieux intégrés, avec, entre autres, un billet unique pour le pays et davantage de transport intermodal.


Dans sa vidéo constituée de courts fragments de films montés ensemble, Ria Pacquée (°1954, Anvers) zappe entre l’Ouest et l’Est, le Nord et le Sud.  Elle confronte ainsi des impressions d'actions humaines – une tempête de sable au Maroc et une promenade, par vent contraire, d’une femme âgée à la Côte belge – et gravite autour de la question : comment rendre l’invisible visible ?

Figure récurrente chez Johan Muyle (°1956, vit à Liège), le squelette fait référence au cycle de la vie et de la mort, sur un mode tragi-comique, comme dans la culture populaire. Affublés de la tête de l’artiste, ils sont motorisés et mécanisés, comme dans une tentative désespérée de rejouer la course de la vie vers la mort.

Les œuvres de Johanna Kandl (°1954, vit à Vienne) traitent des conditions de vie difficiles dans les zones frontalières. Mais elle aborde la réalité prosaïque des médias d’information contemporains par le biais de la peinture historique traditionnelle. Dans cette œuvre monumentale, Kandl questionne la transition accélérée de l’ex-Bloc de l’Est vers le capitalisme, dont beaucoup ont souffert : « qui a la vue d’ensemble ? ». 

DIVERSITAS III

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De l’émancipation de la femme aux droits des homosexuels et transgenres.
Dans notre société, les schémas relationnels entre et parmi les sexes deviennent de plus en plus fluides. Les oppositions élémentaires ne suffisent plus à saisir notre identité sexuelle, comme c’est le cas dans d’autres domaines d’ailleurs. La liberté individuelle que notre démocratie garantit demande sans cesse d’aller au-delà de la seule protection des communautés linguistiques et autres minorités.

Le Sénat compte de facto autant d’hommes que de femmes et est présidé, pour la troisième fois de son histoire, par une femme. L’assemblée a consacré des rapports d’information à la coparentalité et la gestation pour autrui, ainsi qu’à l’égalité des hommes et des femmes.


Jan Van Imschoot (°1963, vit à Gand) affectionne ce qui est caché, nié, exclu ou oublié. Il montre ainsi des figures vivant aux marges de la société. Dans ce portrait interpellant d’un transsexuel, il donne à voir un être habité de  sentiments et  de conflits internes.

Ce diptyque de Jean-François Octave (°1955, vit à Bruxelles) oppose le visage d’un marin russe, devenu icône homosexuelle, et une phrase inspirée du morceau Just an Illusion du groupe funk disco Imagination. L’œuvre place côte-à-côte les fractions idéologiques liées à la Guerre Froide, sur le même thème de la masculinité.

Miriam Cahn (°1949, vit à Bâle et Bergell) interroge le rôle du corps, dans la vie culturelle et sociale, comme lieu d’oppression et d’expression. Féministe, son œuvre manifeste une nouvelle forme d’expression corporelle, comme en atteste ce corps masculin nu, thème rare dans l’histoire de l’art, déformé par une vision particulièrement expressive et personnelle.

DIVERSITAS II

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Loin de venir de nulle part, les civilisations n’atteignent jamais non plus de point d’achèvement. Elles naissent, croissent et se renouvellent grâce à la mixité culturelle. La coexistence de cultures différentes offre en effet des possibilités inédites. Par l’ouverture à ce qui nous est étranger et la compréhension de traditions différentes, il est possible de les intégrer à nos propres processus mentaux et d’innover. Ce processus est toutefois exigeant, lent, et demande une compréhension transgénérationnelle.

Le Sénat, l’assemblée des entités fédérées, rassemble et rapproche les communautés et régions de Belgique.  Il incarne ainsi la légitimité fédérale.


Michaël Van den Abeele (°1974, vit à Bruxelles) intitule « l’origine de la nation » ce drapeau belge qui a perdu ses couleurs pour se parer de gris, comme les photos noire et blanc d’antan. Cette origine est-elle le drapeau lui-même, les différences implicites qui le composent ou l’uniformité qui en résulte ? Il n’y a qu’ici qu’un drapeau peut devenir gris et malgré tout rester belge, n’est-ce pas ?

Architecte de formation, Emilio López-Menchero (°1960, vit à Bruxelles) développe une œuvre marquée par sa double culture belgo-espagnole et se focalise sur la figure de l’artiste et la place qu’il peut occuper dans la société. Son drapeau imprimé de son empreinte digitale, n’exprimant que lui-même, perd tout sens politique et collectif. 

Dans sa Voorstel voor een nieuwe Europese vlag (Proposition pour un nouveau drapeau européen), Christophe Terlinden (° 1969, vit à Bruxelles) fusionne les douze étoiles originelles en un seul anneau doré.  Il exprime, par cette image très simple, poétique mais également politique, l’interconnexion des pays de l’Union européenne.

La figure de la Méduse est le symbole de la femme qui résonne comme force primale dans les angoisses masculines. Dans ses autoportraits, Liliane Vertessen (°1952, vit à Heusden-Zolder) se met constamment en scène en exploitant de manière provocante toutes sortes de clichés féminins, s’émancipant ainsi des pressions sociétales.  Sous ces apparitions multiples, les autoportraits de Vertessen acquièrent une profondeur et se dépouillent de toute anecdote : la spécificité devient diversité, l’identité plurielle.

Avec cette œuvre, Thierry Verbeke (°1970, vit à Lille) brouille deux références en les associant : celle du patchwork, longtemps associé à une pratique expressive exclusivement féminine, auquel la tradition occidentale a refusé le statut d’art ; et celle de la piraterie qui doit selon certains auteurs être considérée comme un des fondements de la démocratie.

Pour une exposition en 2007, Pascale Marthine Tayou (°1967, vit à Gand) a réalisé des drapeaux représentant, sur une face, l’Union européenne et, sur l’autre, l’Union africaine. Confrontant ainsi la culture et l’expérience africaine à la culture européenne et la société occidentale, il questionne les concepts de nationalité et d’identité.

ONDERZOEK / RECHERCHE / RESEARCH / FORSCHUNG

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La recherche, souvent confinée à la sphère empirique et scientifique, désigne en fait tout rassemblement de données initié par une question. Cette activité humaine essentielle place l’humain au centre et défie le monde. « Celui qui trouve a mal cherché », disait le poète, plaçant résolument la quête à l’avant-plan et non pas la trouvaille. C’est le propre de  nombre d’artistes contemporains : ils explorent le monde, de manière personnelle et originale, leur environnement, eux-mêmes ainsi que leur pratique et font de cette exploration une œuvre d’art.

Les décideurs politiques se fient de moins en moins à l’intuition et à l’idéologie, au profit de la recherche, de l’expertise, de l’information scientifique. Ainsi, le Sénat entend des experts pour la quasi-totalité de ses activités.


Luc Deleu (°1944, vit à Anvers) transpose la proposition de Jules Verne – le tour du monde en 80 jours – en un projet d’analyse spatiale systématique. Il élabore des trajets permettant d’explorer le monde en en faisant le tour ; il puise sa perspective urbanistique dans les données sociétales, géographiques et démographiques de la planète entière. 

Dans ses œuvres, Jacques Charlier (°1939, vit à Liège) souligne les manipulations que les images peuvent servir, y compris dans le domaine artistique. Toutefois, l’humour et l’évocation poétique évitent à l’œuvre d’apparaître moralisatrice. Ainsi, à partir de l’adjectif « cérébral », souvent utilisé par la critique d’art, il imagine la peinture s’y référant et lui adjoint un cerveau en céramique.

Dans les années 1970, ORLAN (°1947, vit à Paris) a mesuré des institutions, des rues et des places portant un nom masculin à l’aide de son propre corps.  Combien de « corps-ORLAN » représentent-ils ? Ses performances vont à l’encontre de l’adage « le corps humain est la mesure de toute chose ».  Dans ses « MesuRages », elle exprime sa rage face à ceux qui ne reconnaissent pas la différence humaine.

REFLECTIE / REFLEXION / REFLECTION

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Tout comme le miroitement, la “réflexion” a besoin d’une contrepartie. La réflexion naît de la friction des rencontres et ne peut avoir lieu sans ouverture au monde extérieur. Pour autant, une réflexion sans autoréflexion n’est pas crédible non plus. Portant, par exemple, sur le point de vue adopté, les moyens utilisés, ou ses propres limites ; l’autoréflexion est essentielle pour arriver à une véritable compréhension.

Cela fait vingt ans que le Sénat imprime sa marque réflexive sur la législation belge dans le domaine de l’éthique et de la bio-éthique. Depuis trois ans, il étudie et formule des recommandations sur des sujets « transversaux » à impact sociétal.


Dans la performance Water te Water, Guy Mees (°1925-†2003) traduit son langage figuratif homéopathique en un geste écologique et politico-environnemental. Il laisse dériver une sphère de plastique transparent, remplie d’eau claire, sur le canal pollué Gand-Terneuzen. L’image semble renvoyer poétiquement à elle-même mais s’adresse, en fait, au monde actuel.

Après avoir interrogé les composantes d’un tableau (pigment, support, format et cadre), Marthe Wéry (°1930-†2005) a conçu une vaste installation de panneaux bleu ciel. L’ensemble est une sorte de partition plastique, au sens musical du terme, qui doit être réinterprétée dans chaque lieu d’exposition.

Carla Arocha (°1961, vit à Anvers) utilise des plaques de plexi opaques dont le reflet est renvoyé dans leur environnement. L’écran de projection est prêt à recevoir et à refléter. Il découpe l’espace environnant, y renvoie parce qu’il l’accueille et le replace dans une autre « lumière ».

WELZIJN / BIEN ÊTRE / WELL-BEING / WOHLERGEHEN

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Dans un monde aux ressources naturelles et sociales limitées, la recherche de l’équilibre entre bien-être et prospérité demande un examen constant. Quelle abondance matérielle faut-il, dans les limites disponibles, pour un bien-être optimal ? Et dans cette quête, à quel titre et dans quel rôle individus et pouvoirs publics interviennent-ils ? En alliant les points de vue poétiques et engagés sur l’humain et le monde, l’art ouvre souvent des perspectives étonnantes en ce domaine.

Plusieurs rapports d’information du Sénat abordent la problématique du bien-être, qu’il soit lié aux objectifs climatiques, aux perturbateurs endocriniens ou au développement de plateformes de e-santé.


Cette installation multimédia fait partie de l’ambitieux projet HeadNurse qu’Anne-Mie Van Kerckhoven (°1951, vit à Anvers) a démarré en 1995. Le projet consiste en des expositions et des « rapports » dans lesquels l’artiste offre ses services, en tant que « infirmière en chef », aux arts visuels actuels et met en avant, sans la moindre ironie, le rôle curatif de l’art.

Inspirée par les aspects éphémères du quotidien, Edith Dekyndt (°1960, vit à Tournai et à Berlin) a dépassé la sculpture pour en saisir les états changeants, via l’enregistrement vidéo. Ainsi, dans Worthlessness, un sac de plastique emporté par le vent se livre à une fascinante chorégraphie aléatoire, dans des environnements changeants (une vidéo réalisée bien avant le film American Beauty).

Dans son film, Sasha Pirogova (°1986, vit à Moscou) fait danser ensemble, de manière surprenante, des corps humains avec le système de gestion du savoir de la bibliothèque d’État russe. Elle fait apparaître ainsi des qualités et des possibilités d’expériences inattendues dans un système qui semblait rendre tout homogène. Ce sont nos mouvements qui apportent en effet qualité de vie, plaisir et profondeur.

RADICALISERING / RADICALISATION / RADIKALISIERUNG

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Les termes « radical » et « radicalisme » ont longtemps eu une connotation positive. Ils viennent du mot latin « radix », racine. Des cercles progressistes étaient fiers d’être « radicaux » parce qu’ils prônaient des changements profonds. Il s’agissait d’éradiquer les anciennes structures et d’enraciner et ancrer profondément les nouvelles, afin qu’elles soient solides. Plus généralement, et en particulier dans le monde de l’art, le radicalisme est entendu comme une recherche de l’essentiel.

Certaines questions de société sont complexes et leur solution ne dépend pas d’une seule autorité.  Dans son rapport, la commission spéciale « Radicalisation » du Sénat énumère une série de « points névralgiques » et propose des pistes de réflexion aux autorités du pays.


Lorsque l’architecte René Heyvaert (°1929- †1984) décida de devenir artiste, il le fit pour se rapprocher de l’expérience humaine. Son œuvre confronte l’expérience matérielle intense avec les mécanismes mathématiques sans merci de l’esprit humain. Cette croix de pain peut être déchiffrée ainsi : substance comestible contre mathématiques, ni plus, ni moins.

Arrivée en Belgique à l’âge de 18 ans, après la libération de Varsovie, en tant que réfugiée politique, Tapta (°1926- †1997) a jeté son dévolu, au début des années 90, sur le néoprène, un caoutchouc de synthèse imputrescible, à la fois solide et souple. Un carré découpé en plusieurs parties articulées se répand au sol. A l’inverse d’une sculpture parfois jugée « masculine », qui prétend à l’ascension verticale, cette œuvre se déploie horizontalement, comme arrimée au sol.

Dans cette vidéo, Yang Zhenzong (°1968, vit à Shanghai) filme des personnes d’âges et de professions différents face à la caméra et leur fait dire dans leur langue : « je vais mourir ». Ces séquences courtes confrontent le spectateur aux questions existentielles. L’œuvre suscite la réflexion sur la posture et la sincérité, fiction et réalité, finitude et éternité.

RES PUBLICA

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La « chose publique », l’organisation politique de la société, doit être la préoccupation centrale de tout pouvoir. Les parlements en sont le cœur vital. Il est donc capital qu’ils soient réceptifs à ce qui se passe en dehors de leur hémicycle. La société dispose de différentes manières de se faire entendre; l’art en est une.

Le Sénat est, à l’instar de la Chambre, pleinement compétent pour la Constitution et la législation fondamentale. A ce titre, il est à même de tendre vers la « Cité (société) idéale ».


Par cette œuvre, Sven ’t Jolle (°1966, vit à Melbourne) évoque l’importance de la lutte dans la conquête des libertés. La grève et la manifestation sont l’expression d’un mécontentement populaire, voire d’une opposition : soit une manière de se faire entendre par les parlements. Toutefois, cette forme d’expression est-elle toujours pertinente dans un monde globalisé ?

Ces deux peintures de gille de Binche, grande figure du carnaval, réalisées par Marcel Berlanger (°1965, vit à Bruxelles) laissent voir leur processus de fabrication. Derrière l’image facilement reconnaissable, la peinture rappelle qu’elle n’est qu’une peinture ; comme le gille rappelle que, durant le carnaval, l’ordre des choses est renversé, le pouvoir n’est qu’accordé et passager.

Dans cette vidéo, Koka Ramishvili (°1956, vit à Genève) combine des images « trouvées » de la « Révolution des Roses » de 2003, en Géorgie, et des scènes du film « Die Sehnsucht der Veronika Voss » de Fassbinder. L’œuvre montre l’antagonisme ironique entre la chorégraphie masculine de la prise de pouvoir en Géorgie et la scène féminine, mélodramatique, de dépérissement et de mort, du film de Fassbinder.

DIVERSITAS IV

Une communauté, qu’elle soit pays, ville ou entreprise, est souvent perçue et présentée au monde extérieur comme un ensemble univoque et cohérent. United we stand, divided we fall !  Pourtant, la valeur et la qualité d’une communauté repose sur sa diversité intrinsèque. Autant d’hommes, de femmes et d’enfants, autant de traits physiques et de caractères, autant d’origines, d’aptitudes, d’intérêts spécifiques, de convictions religieuses, d’opinions…  C’est cette unicité que nous recherchons en nous et en l’autre.  

L’assemblée plénière du Sénat reflète la diversité de la société belge. Des représentants des trois communautés et des trois régions y siègent: Flamands, Wallons, Bruxellois, germanophones. On s’y exprime dans les trois langues nationales. Le Sénat est aussi la seule assemblée où la représentation des hommes ET des femmes est garantie.


Lors d’une résidence à Charleroi, initiée par l’espace d’exposition Incise, Mira Sanders (°1973, vit à Bruxelles) a livré une série d’œuvres imprimées, mêlant dessins, notes et photos, restituant son expérience de l’urbanisme particulier de cette ville, comme ses échanges avec les habitants. Elle livre ainsi un portrait de la ville, à la fois visible et invisible, entre stéréotypes et découvertes.

Se définissant comme photographe de reportages, professeure et militante, Véronique Vercheval (°1958, vit à La Louvière) s’est rendue dans l’entreprise Royal Boch, à La Louvière, à l’annonce de sa fermeture. Avec pudeur, elle y a photographié les 46 derniers travailleurs, d’origines diverses, bientôt licenciés, les invitant à partager le souvenir de leur premier jour dans l’entreprise.

A l’occasion d’un voyage en Syrie, en 2001, Willi Filz (°1962, vit à Eupen) a pris une série de portraits qui  témoignaient de la diversité individuelle, sociale, culturelle, religieuse de ce pays qui reste encore si mal connu. A l’opposé des clichés, il associe personnes et décors pour composer une image nuancée et complexe.

SOLIDARITEIT / SOLIDARITE / SOLIDARITY / SOLIDARITÄT

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« Solidare » – solide, dense, dur, renforcer et, dans le sens transitif, « former un tout », « réunir », tels sont l’origine et le sens du terme « solidarité ». Pilier de notre société, la solidarité signifie, sur le plan sociétal, que les membres d’un groupe recherchent un bien commun, en faveur de tous mais parfois aux dépens de soi. Les tensions que fait naître la divergence entre l’intérêt du groupe et l’autonomie individuelle se ressentent aussi dans les expressions culturelles.

Le Sénat est avant tout un lieu de rencontre des différentes communautés du pays. Un lieu où l’échange d’expériences est possible, de manière formelle ou informelle.


La série « !VROUWENVRAGEN? » (« !Questions de femmes ? ») que Jef Geys (°1934, vit à Balen) recueillit auprès de ses étudiantes et présenta comme œuvre d’art, exprime autant l’égalité du professeur/artiste et des étudiantes que celle de l’homme et de la femme (par exemple la question « 11. Le travail féminin=le travail masculin »). Les questions adressées aux femmes se concentrent sur l’émancipation versus l’ordre social.

Dans ses photographies, Michel François (°1956, vit à Bruxelles) joue des antagonismes tels que l’intime et l’universel, la stabilité et la fragilité, la sécurité et le danger. Sur cette photo sculpturale, ces mains d’enfants jouant à la « main chaude » rappellent que la vie sociale appelle la contribution de tous.

Dans leur vidéo, le tandem d’artistes Victor Alimpiev (°1973, vit à Moscou) et Marian Zhunin (°1968, vit à Moscou) formule une esthétique de conformité et d’uniformité. Les acteurs exécutent des mouvements prescrits se rapportant à des actions et réactions quotidiennes. Pourtant, de temps en temps, la perfection chorégraphique s’interrompt  pour faire émerger des questions sur la relation entre l’individu et la masse.

INVENTIO

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L’inventio(n) est, depuis la Renaissance, un concept-clé de l’art occidental. Le peintre, sculpteur, architecte, jadis artisan, devient  « artiste  libre », reconnu pour les concepts qu’il imagine plutôt que comme simple exécutant.  Mais l’art n’a pas le monopole de l’invention : toute entreprise, institution et organisation doit faire preuve d’inventivité au jour le jour, sous peine de se figer.

Le Sénat est un parlement particulier, inhabituel, inédit. Il est composé principalement d’élus indirects, déploie ses activités quasiment sans intervention ni impulsion du gouvernement et sa mission est essentiellement une mission de conseil et de recommandation.


Il y a longtemps que le temps a été  « normalisé » et que nous croyons à l’objectivité des vibrations du quartz et du tic-tac des secondes. Suchan Kinoshita (°1960, vit à Bruxelles) réinvente le temps et met au point des mécanismes de mesure dérégulants ;  un instrument ultra-rapide qui ne mesure que son propre moment ou la lenteur sereine du miel d’acacia s’écoulant dans un sablier à miel.

La biologie nous apprend que la nouveauté apparaît toujours sous la forme d’une anomalie, d’un monstre. Jacques Lizène (°1946, vit à Liège) postule que nous sommes tous, en tant qu’êtres humains, un accident, l’agglutinement fortuit de deux moitiés de matériel génétique. Une fois cette monstruosité  acceptée, le monde se transforme en une fête grotesque, dont le cadavre exquis constitue le fil rouge. 

Pour cette œuvre, Taus Makhacheva (°1983, vit à Moscou, Londres et Makhatchkala) a transformé trois pièces muséales en pantins qu’elle souhaite voir débattre de leur rôle dans l’histoire. Alors qu’ils semblent animés, ce ne sont que des marionnettes qui nous rappellent une question importante tout au long de l’histoire : « qui a la parole ? »